Ischia

Ischia en 3 jours

Ischia en 3 jours : itinéraire entre le Château Aragonais, les Fumerolles des Maronti, le Mont Épomée, Sant'Angelo, les Jardins La Mortella et coucher de soleil à l'Église du Secours.
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Ischia est la plus grande île du golfe de Naples, la plus volcanique, la plus verdoyante et celle aux plus longues plages : des caractéristiques qui la distinguent nettement de Capri et de Procida et qui en font une destination avec une logique de visite complètement différente.

On ne s’y rend pas pour une excursion d’un jour, trois jours sont le minimum pour vraiment la comprendre, et on ne l’épuise pas sans avoir saisi que son véritable cœur ne réside pas dans le port ou dans les thermes aménagés, mais dans l’arrière-pays volcanique, dans les villages de pêcheurs encore authentiques, dans les sources thermales qui bouillonnent librement dans le sable ou se mêlent à la mer au fond d’une petite crique.

L’île est divisée en six communes : Ischia, Casamicciola, Lacco Ameno, Forio, Serrara Fontana et Barano, chacune avec son caractère propre, et les traverser toutes est l’une des choses les plus agréables à faire lors de trois jours de vacances en Campanie.

Cet itinéraire est conçu pour ceux qui disposent de trois jours complets et souhaitent voir le meilleur sans perdre de temps : le Castello Aragonese et ses secrets claustraux, les thermes gratuits dans le sable bouillant, l’ascension à pied du Monte Epomeo, le village de Sant’Angelo au coucher du soleil, les jardins tropicaux de la Mortella et la silhouette blanche de l’Église du Soccorso contre le ciel orange.

Jour 1 – Ischia Porto, Ischia Ponte et le Castello Aragonese

Le premier jour est consacré à l’orientation et à l’histoire : la meilleure façon de commencer toute visite à Ischia est de comprendre où elle se trouve et comment elle est formée avant de s’égarer vers les thermes et les plages.

Matin : Ischia Porto et le port-cratère

À peine débarqués au port d'Ischia1, arrêtez-vous quelques instants pour observer la forme du bassin d’eau dans lequel vous vous trouvez : le port circulaire d’Ischia n’est pas une construction humaine, mais le cratère d’un ancien volcan éteint, ouvert sur la mer en 1854 sur ordre de Ferdinand II de Bourbon.

Sa forme parfaitement circulaire le rend immédiatement reconnaissable vu du ciel, et c’est l’une des premières choses qui surprennent ceux qui arrivent sur l’île sans connaître sa nature volcanique. Le long du périmètre du port s’alignent bars, restaurants et boutiques : c’est le cœur le plus vivant de l’île, bruyant et coloré, idéal pour un café et une sfogliatella avant de commencer la journée.

De Ischia Porto, on rejoint Ischia Ponte2 à pied en environ 30 minutes le long du bord de mer, ou en quelques minutes avec les transports locaux. Ischia Ponte est le village le plus ancien de l’île, celui qui s’est développé autour du pont qu’Alphonse d’Aragon fit construire en 1441 pour relier le petit îlot du Château à la terre ferme : ruelles étroites, petites maisons peintes de couleurs claires, quelques petits restaurants où s’arrêter pour un déjeuner à base de poisson frais.

La Plage des Pêcheurs, nichée entre le village et les rochers sous le château, est l’un des coins les plus pittoresques et les plus photographiés de l’île.

Après-midi : Castello Aragonese (2-3 heures)

Le Castello Aragonese3 est le monument emblématique d’Ischia et l’un des plus fascinants du golfe : une forteresse édifiée sur un îlot rocheux volcanique, reliée à la terre ferme par le pont de 220 mètres qu’Alphonse Ier d’Aragon fit construire en 1441, transformant une ruine gréco-romaine en l’une des forteresses les plus puissantes de la Méditerranée.

L’histoire de l’îlot remonte au Ve siècle avant J.-C., quand le tyran grec Hiéron de Syracuse y construisit les premières défenses. Au cours des siècles, il connut des périodes romaine, wisigothique, vandalisée, ostrogothique, normande, souabe et angevine. La grande éruption du Monte Epomeo en 1301 détruisit une grande partie de l’île et poussa toute la population à se réfugier sur le rocher : au début du XVIIIe siècle, à l’intérieur des murs du château vivaient 1 892 familles, avec des couvents, un séminaire, une cathédrale, dix-sept églises, un évêque et une garnison.

Le château connut son apogée culturelle à la fin du XVe siècle, quand la poétesse Vittoria Colonna (1501-1536) s’y installa : ses noces avec Fernando Francesco d’Avalos, marquis de Pescaire, ont été célébrées dans la cathédrale du château le 27 décembre 1509. Au cours des décennies suivantes, Vittoria Colonna transforma le château en l’un des centres culturels les plus dynamiques d’Italie, fréquenté par Michel-Ange Buonarroti, Ludovico Ariosto, Jacopo Sannazaro, Bernardo Tasso et de nombreux autres intellectuels de la Renaissance. Le lien entre Michel-Ange et la poétesse a été décrit par certains historiens comme le plus important de la vie sentimentale de l’artiste : les Sonnets de Michel-Ange à Vittoria Colonna comptent parmi les plus beaux de la littérature italienne.

Le parcours de visite du château comprend plus de vingt étapes : la Cathédrale de l’Assomption (XIVe siècle, endommagée par les bombardements bourboniens de 1800 et restée à ciel ouvert, en été elle accueille des concerts dans l’aula descoberta), le Couvent des Clarisses fondé en 1575 par Béatrice Quadra, veuve de Muzio d’Avalos, le Cimetière des Moniales, l’étape la plus troublante et inoubliable, et les prisons bourboniennes.

Le Cimetière des Moniales, également appelé Putridarium, contient les soi-disant « scolatoi » : chaises en pierre percées sur lesquelles les cadavres des clarisses étaient disposés pour se décomposer lentement, tandis que les consœurs vivantes étaient obligées de prier à côté d’eux chaque jour, méditant sur la nature éphémère de la vie terrestre. Les religieuses qui passaient des heures dans cet environnement insalubre tombaient fréquemment malades et finissaient rapidement par occuper à leur tour l’un des scolatoi. Le Couvent a été fermé en 1810 par le décret de Joachim Murat qui supprima les ordres religieux du Royaume de Naples.

Le château est ouvert toute l’année de 9h00 au coucher du soleil, avec fermeture pour maintenance annuelle du 7 janvier aux premiers jours de mars. La visite complète nécessite au moins deux heures.

Soir : dîner à Ischia Ponte

Ischia Ponte concentre certains des meilleurs restaurants de l’île, dans une ambiance plus intime et moins frénétique que le port.

C’est le moment idéal pour goûter à la cuisine ischitaine : le lapin à l’ischitaine, le plat typique de l’île qui surprend toujours les visiteurs qui s’attendent à du poisson et trouvent plutôt un ragoût de terre parfumé à la tomate, l’ail, le vin blanc, le thym et l’origan, et le poisson frais du jour.

Les vins locaux à rechercher à la carte sont le Biancolella (blanc aromatique à base de cépages autochtones cultivés sur les terrasses volcaniques) et le Piedirosso d’Ischia (rouge fruité et léger). En fin de repas, ne refusez pas le rucolino : la liqueur digestive ischitaine à base de roquette sauvage, un amer vert et piquant qui est devenu l’un des symboles gastronomiques de l’île.

Jour 2 – Thermes et plages

Le deuxième jour est consacré à l’expérience pour laquelle Ischia est la plus célèbre dans le monde : ses eaux thermales. L’île est parcourue par un système de sources hydrothermales, résidu de l’activité volcanique qui a façonné sa géologie, qui délivre une eau aux températures entre 20 et 100°C riche en minéraux, sulfures et oligoéléments aux propriétés thérapeutiques connues des Romains et exploitées commercialement depuis le XIXe siècle.

Matin : Jardins Poseidon ou thermes gratuits à la Baie de Sorgeto

Le choix du matin se divise entre ceux qui désirent le confort d’un grand parc thermal aménagé et ceux qui préfèrent l’expérience plus authentique des sources gratuites.

Les Jardins Poseidon4, dans la baie de Citara à Forio, sont le plus grand et le plus célèbre parc thermal de l’île : plus de 20 piscines thermales à températures différentes immergées dans un jardin méditerranéen bien entretenu, avec saunas, bains de vapeur, solarium, plage privée sur la baie de Citara, restaurants et centre de bien-être. C’est l’un des plus grands parcs thermaux d’Europe.

Il est ouvert de fin avril à fin octobre, de 9h00 à 19h00, et la réservation est conseillée en haute saison. Ceux qui préfèrent le Negombo, le parc thermal le plus raffiné de l’île, dans la magnifique baie de San Montano entre Lacco Ameno et Forio, trouveront une atmosphère plus intime et soignée esthétiquement, avec 12 piscines creusées dans la roche en terrasses donnant sur la mer.

Pour ceux qui préfèrent les thermes gratuits, sans frais et sans structures, la Forio - Baie de Sorgeto5, accessible depuis la fraction de Panza (commune de Forio) en descendant un escalier d’environ 200 marches, est l’une des expériences thermales les plus authentiques de l’île : une petite crique rocheuse où l’eau de mer se mêle à des jets d’eau thermale qui émergent directement du fond marin, créant un bassin naturel à température variable (autour de 30-35°C) avec la mer ouverte devant.

C’est particulièrement suggestif en soirée et par les jours d’hiver, quand la brume de la vapeur s’élève au-dessus de l’eau sombre. Sinon, les sources de Nitrodi (zone Barano), connues déjà des Romains pour leurs propriétés curatives, jaillissent d’un rocher dans un bois et sont accessibles gratuitement.

Après-midi : Plage des Maronti et les Fumaroles

La Plage des Maronti6, près du village de Sant’Angelo dans la commune de Barano, est la plus longue plage d’Ischia : près de 3 kilomètres de sable noir (la coloration volcanique est plus intense ici qu’ailleurs) avec des portions libres et des établissements équipés alternés.

Elle est accessible de Sant’Angelo par les taxi boat (service fréquent, quelques minutes de navigation), le moyen le plus pratique, ou à pied en environ 20-25 minutes du village. L’eau est cristalline et le fond descend progressivement, ce qui la rend adaptée à tous.

À l’extrémité occidentale des Maronti se trouvent les Fumaroles : l’une des curiosités thermales les plus spectaculaires de l’île. Dans cette portion de plage, le sable est chauffé par l’énergie géothermique du sous-sol jusqu’à des températures qui atteignent par endroits les 100°C.

On ne marche pas pieds nus, mais on s’étend sur une serviette épaisse pour un « sauna de sable » gratuit que les habitants utilisent pour les rhumatismes, ou on participe à la tradition ischitaine la plus curieuse : la cuisson en papillote dans le sable. Les insulaires creusent un petit trou dans le sable bouillant, y déposent des aliments enrobés dans du papier d’aluminium (pommes de terre, poisson, moules, légumes), le recouvrent et attendent : le sable cuit comme un four naturel. Ce n’est pas une attraction touristique organisée mais une pratique domestique et familiale, particulièrement les fins de semaine estivales, qu’on peut observer et, avec un peu de familiarité, imiter.

Soir : Sant’Angelo

Sant'Angelo7 est le village le plus photogénique et le plus atmosphérique d’Ischia : un petit village de pêcheurs avec des maisons peintes en couleurs pastel qui grimpent autour d’une petite place au bord de la mer, entièrement piéton et accessible du reste de l’île uniquement à pied (la route se termine quelques centaines de mètres avant le centre).

L’ambiance a quelque chose des années soixante, le jet-set italien qui colonisa l’île à cette époque y a laissé une patine d’élégance informelle qui n’a jamais vraiment disparu, et la place de Sant’Angelo au coucher du soleil, avec les tables des bars au bord de l’eau et le rocher du promontoire qui se colore de rose, est l’un des plus beaux spectacles du soir du golfe. C’est le bon endroit pour le dîner du deuxième jour.

Jour 3 – Monte Epomeo, Forio et les Jardins La Mortella

Le troisième jour est le plus varié et le plus physique : il commence par l’ascension du volcan éteint qui a façonné l’île et se termine par l’un des plus beaux couchers de soleil de Campanie.

Matin : Monte Epomeo depuis Fontana

Le Monte Epomeo8 est le volcan qui a créé Ischia : une formation de tuf vert et gris de 789 mètres de haut qui domine le centre de l’île et dont la dernière grande éruption, en 1301, détruisit la ville médiévale de Geronda et força toute la population à se réfugier au Château Aragonais.

L’ascension du mont est l’une des randonnées les plus gratifiantes de tout le golfe : on part du petit village de Fontana, dans la commune de Serrara Fontana, accessible de n’importe quel point de l’île en bus locaux ou en taxi. De Fontana monte un sentier muletier pavé (on peut aussi monter à dos d’âne, qu’on peut louer dans le village) qui traverse d’abord les terrasses cultivées en vignes, dont on tire le Biancolella et le Piedirosso, puis une forêt de châtaigniers frais et ombragés, puis la roche nue du tuf vert dans les parois duquel paissent les chèvres et apparaissent les premières vues sur l’île en contrebas.

L’ascension dure environ une heure à un rythme modéré (le dernier tronçon est plus raide) ; la descente est plus rapide. Au sommet du mont, creusée dans le tuf comme un ermitage médiéval, se trouvent la minuscule Chapelle de San Nicola et le restaurant Geronimo, dont les salles sont littéralement taillées dans la roche volcanique : un lieu hors du temps où s’arrêter pour un café ou déjeuner avec une vue qui embrasse toute l’île, le Vésuve, la Côte, Capri et, aux jours les plus clairs, les côtes du Latium.

Fin de matinée – début d’après-midi : Lacco Ameno et le Musée Pithecusae

Descendus du mont et revenus en transports locaux vers la côte nord-ouest de l’île, faites une halte à Lacco Ameno9, la commune la plus petite et la plus élégante d’Ischia, avec une promenade intime dominée par le « Champignon », une formation de tuf en forme de chapeau qui émerge de la mer devant le port et qui est devenue le symbole bizarre mais irrésistible de la ville.

À Lacco Ameno se trouve aussi l’un des musées les plus intéressants de toute la Campanie, souvent ignoré des touristes : le Musée Archéologique de Pithecusae10, abrité dans la somptueuse Villa Arbusto (construite en 1785 par le duc Carlo Aquaviva d’Atri, puis acquise en 1952 par l’éditeur Angelo Rizzoli qui transforma l’île en un centre de la vie mondaine italienne).
Le musée conserve les vestiges de la colonie grecque de Pithecusae, la première colonie grecque d’Occident, fondée sur l’île entre 770 et 750 avant Jésus-Christ par des colons de Calcis et d’Érétrie, et abrite l’un des vestiges les plus importants de l’archéologie méditerranéenne : la Coupe de Nestor.

Il s’agit d’une modeste coupe de céramique grecque du dernier tiers du VIIIe siècle avant Jésus-Christ découverte par l’archéologue allemand Georg Buchner dans la nécropole de la Vallée de San Montano, sur dont le flanc gauche est gravée une inscription en trois vers : l’un des témoignages d’écriture alphabétique grecque les plus anciens jamais trouvés, remontant à l’époque d’Homère. Le texte fait allusion avec ironie à la célèbre coupe du héros Nestor décrite dans l’Iliade : « Je suis la coupe de Nestor, bonne à boire. Celui qui boira à cette coupe, le désir de la belle couronne d’Aphrodite le saisira aussitôt. » Une petite coupe en terre cuite qui contient littéralement l’aube de l’alphabet occidental.

Fin d’après-midi : Jardins La Mortella et coucher de soleil à Forio

À quelques minutes de bus de Lacco Ameno, à Forio, se trouvent les Jardins La Mortella11, l’un des plus beaux jardins privés d’Italie et lauréat du Traveler’s Choice Award 2026 de TripAdvisor. Il a été créé à partir de 1956 par Lady Susana Walton, Argentine, épouse du compositeur britannique Sir William Walton, l’un des plus grands compositeurs anglais du XXe siècle, sur la base du projet du célèbre paysagiste Russell Page.

Le jardin occupe environ 2 hectares divisés en deux sections : le jardin inférieur dans la Vallée, tropical et ombragé avec des fougères arborescentes, des nénuphars géants et des bassins d’eau ; le jardin supérieur sur la colline, conçu par Lady Walton après la mort de son mari en 1983, avec des oliviers, des agaves, des aloès (150 espèces données en 2008), des lavandes et des vues panoramiques sur la baie de Forio. Globalement, le jardin accueille plus de 3 000 espèces de plantes du monde entier.

Avant de repartir, ne manquez pas le coucher de soleil depuis l’Église du Secours12 de Forio : une petite église blanche dédiée à Sainte-Marie-de-la-Neige, construite sur un promontoire qui s’avance dans la mer à l’endroit où Forio regarde le soleil qui se couche, c’est l’un des spectacles chromatiques les plus beaux d’Ischia. La façade blanche s’illumine d’or, puis d’orange, puis de rose au fur et à mesure que le soleil descend vers la Méditerranée, et la silhouette de l’église à l’horizon est l’un de ces paysages dont on se souvient longtemps. Arrivez-y avec vingt minutes d’avance pour trouver une position confortable, surtout en été.

Plan

Le plan suivante indique la position des principaux sites d'intérêt cités dans cet article.