Naples

Que manger et où à Naples : plats typiques, street food, pizzerias et restaurants

Trattorias historiques, pizzerias et street food où déguster la cuisine napolitaine.
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Aucune ville italienne n’entretient avec la gastronomie une relation comparable à celle de Naples. Il ne s’agit pas seulement d’une question de qualité, bien que la qualité soit extraordinaire, mais d’identité, de fierté, d’histoire sociale et même de philosophie.

À Naples, on mange dans la rue depuis des siècles, bien avant que la street food ne devienne une catégorie marketing ; on débat des recettes avec la même intensité qu’on discute de football ; on transmet de génération en génération les secrets du ragù qui « mijote » sur le feu pendant des heures, de la croûte qui gonfle précisément dans le four à bois, de la sfogliatella qu’il faut manger brûlante et avec les doigts.

La cuisine napolitaine a inventé la pizza, a exporté le café espresso dans le monde entier, a transformé des ingrédients pauvres comme les pâtes, les anchois, la morue et les oignons en plats que l’on étudie aujourd’hui dans les restaurants étoilés.

Ce guide vous accompagne à travers tout ce que vous devez goûter lors de votre visite : les plats traditionnels de la cuisine napolitaine, l’univers de la friture et de la street food, les sucreries et les pâtisseries historiques, les pizzerias qui méritent l’attente, les trattorie où l’on mange encore comme à la maison, et les cafés historiques où le matin commence par un rituel précis.

C’est un guide sans étoiles Michelin, bien que certaines adresses en aient, parce que la grandeur de la cuisine napolitaine ne se joue pas dans les restaurants de luxe, mais dans les ruelles, dans les trattorie sans nappe, dans les friteries qui fument toute la journée.

La pizza napolitaine : où naissent toutes les pizzas du monde

La pizza napolitaine est le plat le plus célèbre du monde et le seul inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, non comme plat, mais comme « pratique du pizzaiolo napolitain », reconnaissant que ce n’est pas seulement une recette mais un geste artistique transmis oralement de génération en génération.

Les règles de l’Association Verace Pizza Napoletana sont strictes : pâte avec de la farine de type 00 ou 0, fermentation d’au moins 8 heures (idéalement 24), cuisson au four à bois entre 430 et 480°C pendant 60 à 90 secondes, croûte haute et molle, centre fin qui ne supporte pas le poids des garnitures. Les versions originales sont au nombre de deux : la margherita (tomate San Marzano AOP, fior di latte des Monts Lattari ou mozzarella di bufala, basilic frais, huile d’olive extra vierge) et la marinara (tomate, ail, origan, huile, sans fromage, et non pour économiser mais c’est comme ça).

La « pizza à portefeuille », autrement dit à emporter, se plie en « livret » avant d’être mangée, en quatre, en la tenant à la main : c’est le signe que la pâte est correctement molle et que la croûte n’a pas durci.

Le prix moyen d’une margherita en pizzeria oscille entre 5 et 9 euros selon le quartier et l’établissement ; payer davantage n’est pas nécessairement le signe d’une qualité supérieure.

Les pizzerias à ne pas manquer

L’Antica Pizzeria da Michele (Via Cesare Sersale 1-3) est la plus célèbre du monde et peut-être la plus austère : ouverte en 1870, elle ne sert que margherita et marinara, sans aucune autre variante. Les files d’attente sont longues, l’ambiance est spartiate, et la pizza est extraordinaire dans le respect absolu de la tradition. C’est la pizzeria rendue célèbre au grand public international par le film Mange Prie Aime avec Julia Roberts, mais les Napolitains la fréquentaient déjà depuis cinq générations.

Gino Sorbillo (Via dei Tribunali 32) est l’autre institution du centre historique : fondée en 1935 par la famille Sorbillo, les 21 enfants des fondateurs sont tous devenus pizzaiolos, c’est aujourd’hui la référence de la pizza contemporaine dans le respect de la tradition.

La Pizzeria Starita (Via Materdei 27/28), dans le Rione Sanità, est considérée par beaucoup comme la meilleure de la ville et possède une histoire tout aussi riche ; sa pâte est particulièrement légère et digeste.

Concettina ai Tre Santi (Via Arena della Sanità 7), gérée par Ciro Oliva au cœur de la Sanità, est la référence pour qui cherche l’innovation dans la tradition : la ruelle derrière le restaurant, où l’on dîne en été entre les immeubles du quartier, est l’une des expériences les plus mémorables de Naples.

Pour un aperçu plus complet, consultez notre guide sur les meilleures pizzerias de Naples.

Apprendre à préparer la pizza !

Si vous voulez aller au-delà de la simple dégustation, cet atelier pratique de préparation de pizza vous permet d’apprendre directement d’un chef local les techniques traditionnelles napolitaines : de la pâte, travaillée selon la technique du mozzage, vieille de 600 ans, jusqu’à la cuisson au four napolitain. L’expérience, d’une durée d’environ 2 heures, comprend un antipasto de bruschettas avec des ingrédients frais et une boisson à savourer en compagnie de votre pizza fraîchement sortie du four. À la fin, vous recevrez également un diplôme de pizzaiolo à emporter comme souvenir.

La street food napolitaine

Naples est, avec Palerme, la capitale italienne de la street food. Ce n’est pas un phénomène récent ou créé pour les touristes : les Napolitains mangent dans la rue depuis que la ville comptait un million d’habitants entassés sur quelques kilomètres carrés et que de nombreuses familles n’avaient pas de cuisine.

La street food napolitaine a survécu aux modernisations parce qu’elle fonctionne : c’est économique, c’est bon, on peut manger en marchant d’une ruelle à l’autre, et chaque bouchée raconte des siècles d’histoire populaire.

La pizza frite

La pizza frite est la forme la plus ancienne de la pizza napolitaine, et la plus populaire après-guerre quand le four à bois était un luxe : la pâte était frite dans l’huile bouillante, plus économique et accessible.

Il en existe deux versions principales. La pizza frite « fermée », fourrée de ricotta, cicoli (couennes de porc frites), mozzarella et poivre, est un coussin gonflé et savoureux qu’on mange en marchant, brûlant, en le tenant avec le papier. La « montanara » est en revanche la pizza frite puis passée au four avec tomate et fromage, un hybride entre les deux cuissons.

La Masardona (Via Giulio Cesare Capaccio 27, près de la Gare Centrale) est le temple de la pizza frite napolitaine, ouvert dès l’aube ; Zia Esterina Sorbillo (Via dei Tribunali 35) en est la version contemporaine et très prisée. Di Matteo (Via dei Tribunali 94) est un classique style années Cinquante où la pizza frite alterne avec les petites frittelles de pâte.

Le cuoppo

Le cuoppo, du napolitain coppo, cône, est le format iconique de la street food napolitaine : une feuille de papier kraft roulée en forme de cône qui regroupe une sélection de fritures assorties. Le cuoppo classique terrestre contient des croquettes de pommes de terre (fourrées de mozzarella et persil, croustillantes dehors et fondantes dedans), des petites frittelles de pâte (timbales de pâte en béchamel frites en panure), des zeppoline vides (pâte gonflée et frite), des scagliozzi (polenta frite en triangles), des fleurs de courgette en pâte à beignet et parfois de petits arancini. Le cuoppo de mer contient en revanche des anchois frits, des crevettes, des anneaux de calmar, des encornets et tout le petit poisson que le golfe offre : à assaisonner avec du citron et manger chaud.

La Friggitoria Vomero (Via Cimarosa 44) est une référence historique pour le cuoppo dans le quartier collinaire.

La petite frittelle de pâte

La petite frittelle de pâte est l’un des plats les plus représentatifs du génie napolitain appliqué à la cuisine : pâtes courtes (généralement des bucatini ou des macaronis) qui restaient de la veille, mélangées avec de la béchamel, du jambon, des petits pois et des copeaux de fromage, comprimées dans un moule rond et frites en panure jusqu’à former une croûte dorée et croustillante. Le contraste entre l’extérieur croustillant et le cœur crémeux est, selon beaucoup, le meilleur argument possible pour la friture. On en trouve dans presque toutes les friteries et rôtisseries de la ville.

Les taralli ‘nzogna et poivre

Les taralli napolitains n’ont rien à voir avec les taralli des Pouilles : ce sont des beignets croustillants de pâte travaillée avec du saindoux et beaucoup de poivre noir, enrichis dans certaines versions d’amandes grillées. La recette est restée pratiquement inchangée depuis le XVIIIe siècle, quand ils étaient vendus par des vendeurs ambulants comme en-cas économique pour les travailleurs des marchés. Le goût est gras, poivré et irrésistiblement addictif : impossible de s’arrêter à un seul.

Le Tarallificio Leopoldo (Via Poerio 39) et la Taralleria Napoletana Via dei Tribunali sont parmi les meilleures références, mais les taralli se trouvent dans presque toutes les épiceries fines et les boulangeries du centre historique.

La marenna et le cuzzetiello

La marenna, littéralement « goûter » en napolitain mais un repas complet, est le sandwich napolitain par excellence : pain de ferme (croûte dure et mie molle) coupé et garni de ce que l’épicerie fine ou le placard de la maison offre. Charcuteries, fromages, aubergines à la parmigiana qui restaient, boulettes à la sauce, saucisse et friarielli, sauce étalée sur la mie : n’importe quel plat napolitain peut devenir marenna.

Le cuzzetiello est la variante pauvre et ingénieuse : la partie finale du pain de ferme, vidée de sa mie et remplie avec le plat du jour, généralement soupe de pâtes et haricots, sauce ou sauce genovese, que l’on mange en une seule bouchée. C’est la street food des maçons et des ouvriers, récemment entrée dans le circuit des restaurants à la mode.

Strino (Via Santa Lucia) et la Salumeria Malinconico (Via Benedetto Croce) sont deux adresses historiques pour la marenna au centre.

‘O pere et ‘o musso

Pour ceux qui ont du courage gastronomique : ‘o pere e ‘o musso (littéralement « la patte et le museau ») est l’un des mets de rue les plus anciens de Naples, servi par les carnacuttari, les vendeurs d’abats qui autrefois occupaient les marchés de quartier. Il s’agit de patte de porc et de museau de veau cuits longuement à l’eau, servis froids assaisonnés d’huile d’olive extra vierge, de jus de citron, de sel, de poivre et souvent de lupins et d’olives. Le goût est gélatineux, intense, absolument inhabituel pour un palais non habitué : c’est l’un de ces plats qu’on aime immédiatement ou qu’on refuse tout aussi rapidement.

Le marché de la Pignasecca, près de la Piazza Carità, est l’endroit idéal pour le trouver dans sa version la plus authentique.

Tour de la street food napolitaine

Pour s’orienter parmi les meilleures dégustations de rue sans perdre de temps, cela vaut la peine de considérer cette visite gastronomique à pied avec guide local, qui part de la Piazza Bellini et traverse le centre historique le long des Decumani.

En environ 2 heures, on déguste les spécialités les plus représentatives, de la pizza frite à la glace, en passant par une visite à une fabrique de limoncello, avec le récit des légendes et des origines de chaque plat. Un moyen concret de découvrir où mangent vraiment les Napolitains, loin des endroits pensés pour les touristes.

Les plats typiques de la cuisine napolitaine

Au-delà de la pizza, la cuisine napolitaine est un univers de saveurs que peu de visiteurs explorent vraiment, souvent parce que la réputation de la pizza éclipse tout le reste. C’est une erreur : les pâtes, les poissons et les viandes de la tradition napolitaine comptent parmi les préparations les plus élaborées et les plus savoureuses de toute la cuisine italienne.

Le ragù napolitain

Le ragù napolitain n’est pas bolognais, ce n’est pas une sauce de viande hachée : c’est quelque chose de complètement différent et pour beaucoup incomparablement meilleur. C’est une sauce tomate cuite avec de grands morceaux de viande, des braciole de bœuf farcies de persil, ail et œufs durs, du poulet de lait, des saucisses, des côtes de porc qui « mijotent » sur le feu pendant au moins 4 à 6 heures, parfois toute la nuit. Le résultat est une sauce d’un rouge très foncé, presque brun, épaisse, avec un arôme qui imprègne le logis entier et que l’on sent depuis la rue.

Les pâtes traditionnelles pour le ragù sont les ziti cassés à la main ou les macaronis au torchio ; la viande devient le deuxième plat. Le ragù est le plat dominical par excellence, le thermomètre de l’identité napolitaine : chaque famille a sa propre recette et chaque Napolitain jure que celle de sa mère est la meilleure.

Le restaurant Tandem Ragù (Via Giovanni Paladino 51) est entièrement dédié au ragù sous toutes ses variantes ; une expérience recommandée même pour ceux qui ne découvrent pas Naples pour la première fois.

Les pâtes à la génoise

Les pâtes à la génoise sont le plat napolitain le plus méconnu en dehors de la Campanie, et probablement le plus succulent. Malgré son nom, cela n’a rien à voir avec Gênes : on l’appelle ainsi probablement parce qu’il a été introduit en ville par des marchands génois du XVIIe siècle qui préparaient un plat de récupération avec des restes de viande et des oignons.

La recette est apparemment simple : un morceau de veau (généralement campanello ou girello) cuit pendant des heures dans une mer d’oignons, traditionnellement ceux de Montoro, délicieusement sucrés, jusqu’à ce que la viande s’effiloche et que les oignons caramélisent, se transformant en une sauce épaisse, sucrée et très parfumée. La viande devient le deuxième plat ; la sauce accompagne les mezzanelli, les candele cassés ou les paccheri. C’est un plat qui demande de la patience, au moins 4 heures de cuisson, et qu’on ne trouve pas dans les restaurants touristiques de passage.

L’Osteria della Mattonella (Via G. Nicotera 13), dans les Quartiers Espagnols, la sert seulement deux fois par semaine selon la recette d’Antonietta Imperatrice qui la prépare depuis des décennies ; la Locanda del Cerriglio (Via del Cerriglio 11), l’une des plus anciennes auberges de Naples, est une autre adresse de référence.

Pâtes et pommes de terre, pâtes et haricots, pâtes et pois chiches

La trilogie des pâtes aux légumineuses est le cœur le plus ancien et le plus populaire de la cuisine napolitaine : des plats nés de la pauvreté qui ont atteint un niveau de complexité gustative rare.

Les pâtes et pommes de terre avec provola fumée sont les plus aimées : un potage épais et crémeux où les pâtes courtes et les morceaux de pomme de terre s’amalgament en un corps unique que l’on mange presque comme un risotto, la provola se fondant en filaments savoureux.

Les pâtes et haricots avec les moules, la version napolitaine du plat, ajoutent les fruits de mer aux légumineuses dans un mariage qui surprend toujours ceux qui le goûtent pour la première fois. Tous ces plats se trouvent dans les trattorie traditionnelles du centre historique et du Rione Sanità, rarement dans les restaurants pour touristes sur le front de mer.

La pieuvre à la Lucienne et les fruits de mer

La relation de Naples avec la mer se traduit par une cuisine de poisson extraordinaire par sa fraîcheur et sa variété.

La pieuvre à la Lucienne, cuite en cocotte avec les tomates cerises du Piennolo, les câpres de Pantelleria, les olives noires et l’huile d’olive extra vierge, sans addition d’eau car la pieuvre en libère suffisamment, est probablement le plat de mer le plus représentatif de la cuisine napolitaine : tendre, savoureux, avec une sauce épaisse qui demande du pain.

L’impepata di cozze est encore plus simple et encore meilleure : des moules décortiquées à la poêle avec un abondant poivre noir, le liquide de cuisson comme bouillon, un trait de citron.

La friture de paranza, anchois, rougets, crevettes, petits filets de merlu et menu fretin panés et frits, est le snack de mer par excellence.

Cicciotto a Marechiaro (Calata Ponticello a Marechiaro 32) est le restaurant de poisson avec la terrasse sur mer de Posillipo la plus romantique de la ville ; Mimì alla Ferrovia (Via Alfonso d’Aragona 21) est l’institution historique depuis 1943 qui a vu défiler des générations de Napolitains et des personnalités célèbres du monde entier.

Saucisse et brocoli rabe et autres plats de terre

La cuisine napolitaine n’est pas que la mer : la saucisse et friarielli est le plat de viande le plus aimé de la tradition populaire, présent dans chaque trattoria digne de ce nom.

Les friarielli sont les brocoli rabe à la version campanienne, sautés à la poêle avec ail, huile et piment jusqu’à devenir légèrement amers et croquants, et accompagnent les saucisses de porc dans une combinaison de saveurs qui fonctionne comme peu d’autres.

L’aubergines à la parmigiana, des couches d’aubergines frites alternées avec ragù, mozzarella et parmesan, est une autre préparation napolitaine de très haut niveau, parfaite en entrée ou en plat unique.

La morue est omniprésente : frite à la pâte, en cocotte avec pommes de terre et olives, à la zimino ou à la pizzaiola, la morue salée est l’un des ingrédients les plus polyvalents de la cuisine napolitaine. La Baccalaria (Vico Sedil Capuano 30, près de Piazza Bovio) est une osteria entièrement dédiée à la morue sous toutes ses formes.

Les pâtisseries napolitaines

La pâtisserie de Naples est l’une des plus riches et des plus complexes techniquement en Italie, avec des gâteaux qui plongent leurs racines dans la tradition conventuelle des XVIIe et XVIIIe siècles. Presque tous les grands gâteaux napolitains sont nés dans les cuisines des monastères de clôture, où les religieuses avaient le temps, les compétences et les ingrédients de qualité pour élaborer des recettes complexes.

La sfogliatella

La sfogliatella est le symbole de la pâtisserie napolitaine, et elle divise les Napolitains en deux factions irréconciliables : riccia ou frolla. La riccia a une coquille de pâte feuilletée étirée très finement et superposée en centaines de couches qui s’écrase entre les dents dans une cascade d’éclats croustillants ; la frolla a une enveloppe tendre de pâte brisée beurrée qui se laisse croquer délicatement. La farce des deux est identique : ricotta, semoule, sucre, fruits confits et cannelle.

La sfogliatella est née au couvent de Santa Rosa à Conca dei Marini, sur la Côte Amalfitaine, au XVIIe siècle ; elle est arrivée à Naples au XIXe siècle grâce au pâtissier Pintauro. Attanasio (Vico Ferrovia 1/4, près de la Gare Centrale) les sort continuellement à toute heure, toujours chaudes et croustillantes : c’est l’endroit où faire la queue pour la sfogliatella la plus fraîche de la ville. Pintauro (Via Toledo 275) est le descendant direct de la pâtisserie originale, toujours Via Toledo.

Le babà au rhum

Le babà est le gâteau napolitain par antonomase, le roi de la pâtisserie napolitaine : une levure douce en forme de champignon (ou de cylindre, dans la version moderne), imbibée d’un sirop d’eau, sucre et rhum jusqu’à atteindre une saturation complète qui la rend imbuvable mais irrésistible.

L’histoire du babà est fascinante : elle est arrivée à Naples d’Europe centrale, probablement de Pologne ou d’Alsace, par la cour des Bourbons au XVIIIe siècle, et y a été transformée en quelque chose de complètement différent de l’original. La version napolitaine existe en petit format (le classique « babàino » de pâtisserie) ou géante (à trancher, farcie de crème, fraises ou chocolat).

Scaturchio (Piazza San Domenico Maggiore 19) et Carraturo (Via Roma) sont deux pâtisseries historiques avec des babà d’excellent niveau.

La pastiera napolitaine

La pastiera est le gâteau pascal par excellence, mais on la trouve aujourd’hui toute l’année dans presque toutes les pâtisseries de la ville. La base est une coquille de pâte brisée ; la farce est un mélange de blé cuit au lait, ricotta fraîche, œufs, sucre, fruits confits de cédrat et orange, et eau de fleur d’oranger qui parfume le gâteau de manière incomparable et délicate. La surface est décorée de bandes de pâte brisée en grille.

Selon la légende, la pastiera a été créée pour Parthénope, la sirène qui fonda Naples, avec les sept dons de la mer ; la tradition veut que les bandes de pâte en surface représentent la planimetria de l’ancienne Neapolis.

Scaturchio et la plupart des pâtisseries historiques napolitaines la produisent toute l’année.

Le fiocco di neve et les gâteaux contemporains

Le fiocco di neve est le seul grand gâteau napolitain du XXe siècle : inventé en 2015 par Ciro Scognamillo à la pâtisserie Poppella (Via Arena della Sanità 29), c’est une brioche blanche gonflée farcie de crème au lait, crème et vanille, petite comme un poing, tiède, qui fond littéralement en bouche.

Il est devenu si populaire qu’il crée des files d’attente chaque jour devant la boutique de la Sanità, et les imitations prolifèrent dans toute la ville : mais la version originale de Poppella reste imbattable.

Autres spécialités de la pâtisserie napolitaine à connaître : les zeppole di San Giuseppe (éclairs frits ou cuits au four farcis de crème pâtissière et décorés d’une cerise, typiques du 19 mars mais disponibles toute l’année), les struffoli (petites boules de pâte frite dans le sirop de miel, typiques de Noël), les roccocò (biscuits circulaires durs avec amandes et épices, typiques de Noël), et la pizza di nonna (tourte douce rustique farcie de pâte de blé, ricotta et œufs).

Le café napolitain

Le café espresso napolitain est différent de tout autre espresso italien : plus épais, plus amer, avec une crème plus compacte, servi dans une tasse préchauffée et consommé debout au comptoir en moins de deux minutes. Le secret réside dans le mélange (avec un pourcentage plus élevé de Robusta qu’au Nord), la pression de la machine et l’eau de Naples, que les Napolitains affirment être fondamentale et inimitable ailleurs.

Le café à Naples se boit ainsi : debout, au comptoir, chaud, amer (ou avec très peu de sucre), sans discuter de cappuccinos à trois heures de l’après-midi.

La tradition du café suspendu est l’une des plus belles inventions de la culture populaire napolitaine : on paie un café pour soi et un café « suspendu », qui reste en suspens pour quiconque entre au bar sans avoir l’argent pour se l’offrir. C’est un acte de générosité anonyme qui existe à Naples au moins depuis la fin du XIXe siècle.

Le Gran Caffè Gambrinus (Piazza del Plebiscito 1/Via Chiaia 1/2) est le café historique le plus célèbre de Naples, ouvert en 1860 et fréquenté par Oscar Wilde, Matilde Serao, Gabriele D’Annunzio et des générations d’intellectuels napolitains : ses salons Art nouveau sont l’une des attractions du front de mer, ne serait-ce que pour une pause avec une pâtisserie. Scaturchio Piazza San Domenico Maggiore et la plupart des bars historiques de Via dei Tribunali sont les alternatives dans le centre historique.

Les trattorie historiques

Naples a une densité de trattorie historiques sans équivalent dans les villes italiennes de même dimension : des dizaines de locaux fondés avant la Seconde Guerre mondiale, gérés par les mêmes familles depuis trois ou quatre générations, avec des menus écrits à la main qui changent chaque jour et une hospitalité qui mêle le soin à l’ironie. Ce ne sont pas des restaurants au sens formel du terme : ce sont des extensions de la cuisine domestique napolitaine, où l’on va pour bien manger sans cérémonies.

La Trattoria Nennella (Vico Lungo del Gelso 103, Quartiers Espagnols) est probablement la plus célèbre auprès des touristes, renommée pour ses serveurs bruyants, ses portions généreuses et son addition étonnamment basse ; l’atmosphère chaotique fait partie du menu.

Mimì alla Ferrovia (Via Alfonso d’Aragona 21), à deux pas de la gare centrale depuis 1943, est restée inchangée pendant des décennies : soupe de moules, candele à la génoise, morue et délices de mer dans un environnement où les photographies de personnalités célèbres tapissent les murs.

La Locanda del Cerriglio (Via del Cerriglio 11) est l’une des plus anciennes auberges de Naples, ouverte en 1300, a été fréquentée par Caravage avant qu’il ne soit agressé dans ces rues en 1609, et prépare parmigiana, ragù, génoise et poisson selon des recettes invariées depuis des siècles.

L’Osteria della Mattonella (Via G. Nicotera 13) dans les Quartiers Espagnols est petite, familiale et ne fait aucune concession au tourisme : la génoise d’Antonietta et la friture de saison valent la file d’attente éventuelle.

Tandem Ragù (Via Giovanni Paladino 51) est le seul restaurant de Naples entièrement dédié au ragù napolitain : cinq versions différentes, toutes cuites pendant des heures, à manger sur les pâtes ou directement dans le cuzzetiello de pain.

Pour le poisson en dehors du centre historique, Cicciotto a Marechiaro (Calata Ponticello a Marechiaro 32, Posillipo) a l’une des terrasses sur mer les plus belles de Naples et une cuisine de poisson qui privilégie la pêche locale.

Ceux qui veulent la cuisine napolitaine en clé contemporaine sans renoncer à la tradition peuvent s’orienter vers Palazzo Petrucci à Posillipo, le premier restaurant napolitain avec étoile Michelin, où le ragù de mer et la pastiera en couches réélaborent la tradition avec technique et créativité.

Les marchés et où acheter les produits typiques

Le marché de la Pignasecca, qui s’étend entre la Piazza Carità et la Via Pignasecca, à quelques pas de la Via Toledo, est le marché de quartier le plus animé du centre de Naples et l’un des meilleurs endroits pour faire ses courses de produits locaux : mozzarellas fraîches, tomates du Piennolo suspendues en grappes, saucisses napolitaines, friarielli, poisson ultra-frais, fruits et légumes campaniens. Il est actif tous les matins sauf le dimanche et propose aussi de la street food directement sur place : fritures, poulpe, morue frite vendus par les étals eux-mêmes.

Le marché de Porta Nolana (près de la gare Circumvesuviana) est en revanche le marché du poisson par excellence, actif tôt le matin chaque jour : on y vend le poisson de la nuit et l’air sent la mer et l’iode.

Pour les produits à rapporter chez soi, les boutiques de Spaccanapoli et de la Via Toledo proposent le limoncello de la Côte, des taralli emballés, les pâtes de Gragnano (les pâtes sèches artisanales produites dans le village aux portes de Naples, considérées comme les meilleures d’Italie), mozzarella sous vide, conserves de tomates San Marzano, anchois de Cetara à l’huile et colatura di alici, la sauce d’anchois fermentés qui est l’héritière directe du garum romain.

Pour les vins campaniens, Falanghina, Greco di Tufo, Fiano di Avellino et le rouge Aglianico del Taurasi, les cavistes de Chiaia et du centre historique offrent une large sélection à des prix bien plus raisonnables que ceux des restaurants.

Conseils pratiques pour manger à Naples

Quelques indications pratiques pour vivre au mieux l’expérience gastronomique napolitaine. Les restaurants signalés par de grands panneaux touristiques dans les zones les plus fréquentées, le front de mer de Santa Lucia, la Piazza Plebiscito, les rues autour du port, ont tendance à proposer des prix majorés et une qualité moyenne : les meilleures expériences se trouvent à une ou deux rues de distance des chemins les plus battus.

Dans les trattorie historiques napolitaines, le couvert se situe entre 1,50 € et 3 € par personne ; un déjeuner complet avec un premier plat, un deuxième plat, le vin de la maison et un dessert coûte en moyenne 25-35 € ; dans les établissements plus simples, on dépense moins de 20 €. Les pizzerias de qualité ont des prix étonnamment modérés : une margherita tourne autour de 5 à 8 € presque partout.

N’ayez pas la hâte : à Naples, le rythme du service suit celui de la cuisine napolitaine, non celui des touristes avec un agenda chargé. Les meilleures trattorie n’acceptent souvent pas les réservations en ligne et doivent être contactées par téléphone ou on s’y présente directement en espérant trouver une table libre.

Pour la vie nocturne gastronomique, consultez notre guide sur la vie nocturne à Naples : de nombreux établissements ouverts tard le soir proposent aussi de la cuisine. Ceux qui séjournent dans le quartier de Chiaia ou du Vomero peuvent profiter de l’excellente offre d’osterie et de wine bars du quartier bourgeois.

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